-Mais toi, dit Harry, tu vas chez toi, au Terrier, là ?
-Quoi ? Oh, non. Non, je ne vais pas au Terrier, répondit-elle en avançant sa tour.
-Alors, tu vas où ? Square Grimmaurd ? murmura t-il.
-Non, dit Ginny. Je vais avec toi chez les Dursley.
-Quoi ? s'étonna Harry.
-Eh bien, oui. Puisque tu ne peux pas venir chez moi parce que tu dois être près de ta tante, alors c'est moi qui irai chez toi. A moins que tu ne le veuilles pas, ajouta t-elle après un silence.
-Tu rigoles ? s'exclama Harry. C'est vraiment super que tu viennes !
Ginny rougit.
-Je... Heu... Je ne sais pas si Ron t'a dit... Je ne suis plus avec Dean. Il était jaloux.
-Je sais, dit aussitôt Harry.
-Ah, dit Ginny, visiblement déçue. Très bien, dans ce cas. Echec au roi.
Harry déplaça son cavalier sans cesser de regarder Ginny. En fait, il ne l'avait jamais vraiment considérée. Avant, pour lui, Ginny n'était que la soeur de Ron, une fille sans importance d'un an de moins que lui - donc beaucoup moins intelligente, sans aucun doute. Il se rendit compte à quel point il avait été stupide. Ginny était très jolie et, quand elle souriait, Harry fondait. Il n'avait jamais ressenti ça pour une fille, sauf pour Cho.
-Ginny, je... balbutia t-il.
-Oui ? répliqua doucement Ginny, les yeux pétillants.
Alors qu'ils se regardaient langoureusement, leurs visages se rapprochaient peu à peu au-dessus de l'échiquier.
Harry sentait des fourmillements remonter à ses joues. Qu'est-ce qu'il fallait qu'il dise ? Qu'il fasse ?
Ginny était si belle, encore plus de près. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'il ressente, à ce moment là, des picotements dans tout son visage, qui l'empêchaient de donner à Ginny de ce qu'elle attendait...
Harry ne pouvait plus reculer. Ils étaient très proches, à présent. Il avança lentement, très lentement ses lèvres qui se posèrent délicatement sur celles de la s½ur de Ron. Ce baiser fut magique. Ils restèrent collés plusieurs minutes, puis Harry se décolla lentement de Ginny et s'appuya à son dossier. Il était chamboulé.
Ginny continuait de le regarder. Elle semblait sereine. Harry replongea son regard sur ses pions et déplaça son roi.
-Merci, murmura Ginny.
Ce fut comme si Harry recevait un seau d'eau glacée sur la tête.
-Ginny...
-Tu n'es plus avec Cho ?
-Non, dit simplement Harry, tâchant de reprendre son pied. Bonne chose, hein ?
-Je déteste cette fille, dit froidement Ginny en regardant par la fenêtre. Et c'est réciproque, je crois. Elle va être furieuse quand elle va apprendre qu'on sort ensemble, non ?
-Toi, tu l'étais ? demanda Harry.
-En fait, non. Je t'ai perdu de vue en troisième année. Quand j'ai vu que tu ne t'intéressais pas à moi. Je ne sais pas comment j'ai pu faire, ajouta t-elle avec un mince sourire.
-Moi non plus, dit Harry.
Ils se tenaient à présent la main par-dessus l'échiquier.
-Je crois qu'on arrive, Harry, dit-elle en désignant Stan Rocade qui descendait sur le marchepied.
Ils rangèrent leurs affaires et se dirigèrent vers l'avant du Magicobus.
-Salut, Stan, dit Harry. Merci beaucoup, ça n'a pas trop balancé, cette fois-ci !
-Bah, on s'est dit que pour une petite partie d'échecs en amoureux...
Harry et Ginny éclatèrent de rire.
-A bientôt ! lança Ginny en faisant des signes de la main.
Ils regardèrent le Magicobus s'éloigner à grande vitesse, pour finalement disparaître.



